Ce modèle représenté par une courbe en S, et qui n’a malheureusement pas d’autre nom pour l’instant que le “S-Curve Model” (pardon pour l’anglicisme) n’est pas un concept nouveau. Il a en fait été modélisé par Charles Handy, professeur de management à la London School of Economics au milieu des années 1990. À l’origine, c’est un modèle théorique pour représenter le cycle de vie d’une organisation, d’une innovation, d’un produit.
Globalement, on comprend bien le concept : toute chose, tout développement ou apprentissage, commence doucement avec des hésitations, puis se développe très rapidement, et ensuite atteint son apogée et stagne, voire décline.
En 2012, l’auteur Whitney Johnson a utilisé le concept dans un article de la Harvard Business Review pour l’appliquer au domaine de la formation. Le modèle a été au secteur de la formation en entreprise en 2018 par le cabinet de conseil McKinsey.
La modélisation de la courbe d’apprentissage avec cette forme de S décrit les phases que l’individu va traverser successivement avant de maîtriser une compétence au point qu’elle en devienne une habitude. L’employé va connaître une première phase de découverte assez lente et laborieuse, puis une phase centrale où la montée en compétences va s’accélérer de façon exponentielle, et enfin une troisième et dernière phase, un plateau, où la compétence est non seulement acquise, mais elle est devenue une habitude, pour ne pas dire un automatisme.
En effet, ce modèle de courbe s’applique aussi bien à l’apprentissage d’une compétence tacite qu’une d’une connaissance explicite, sur le court ou le long terme. En gros, qu’il s’agisse d’apprendre à utiliser Adobe Photoshop ou à organiser des réunions d’équipe, de maîtriser l’utilisation d’un logiciel de caisse ou de gérer la relation client sous pression. Et pas uniquement dans des situations professionnelles.
Ce modèle est très pertinent, puisqu’il est basé sur 3 observations :
- Personne n’apprend de façon linéaire. La maîtrise d’une compétence passe par des cycles aux rythmes différents, avec une vitesse d’acquisition qui change au cours du temps, et qui implique donc des besoins différents pour l’apprenant à chaque étape. Les courbes peuvent se dérouler en simultané, à des rythmes et des moments différents.
- Les montées en compétences sont différentes pour chacun.
- Pour grandir et évoluer, les individus doivent pouvoir passer d’une courbe à l’autre.
Quel est le rôle des responsables formation ici ?
Il est double :
- D’une part, les responsables formation doivent faire en sorte d’apporter un accompagnement adapté à la phase traversée par l’apprenant lors de l’acquisition de compétences.
- Et d’autre part, leur rôle va être de pousser les collaborateurs en dehors de leurs zones de confort, pour qu’ils soient capables de passer d’une courbe à l’autre, une fois le plateau atteint.
Le modèle permet non seulement de lier ces phases entre elles, mais également de les lier aux cycles qui suivront puisque l’optimum est d’engager la courbe suivante au moment où la courbe précédente va atteindre son plateau. Tout ceci dans le but d'assurer une croissance continue.